Préserver le seuil du Gardon de Collias
Une nécessité pour notre rivière et notre village
Le seuil du Gardon à Collias fait partie du paysage et de l’histoire du village depuis l’époque romaine. Cet ouvrage régule le niveau de l’eau et contribue à l’équilibre de la rivière. Depuis des décennies, il joue plusieurs rôles essentiels : économiques, hydrauliques, environnementaux et patrimoniaux.
Aujourd’hui, l’ouvrage montre des signes inquiétants d’usure liés aux crues, au passage du temps et au manque d’entretien.
Notre vision pour l’avenir du seuil est la plus raisonnable et durable : réparer et consolider l’ouvrage, c’est faire le choix d’une gestion pragmatique et équilibrée de la rivière, respectueuse à la fois de l’environnement, du patrimoine et des usages locaux.
Un peu d’histoire
Un retour sur l’histoire récente met en évidence que l’État n’a pas la même approche que nous : son positionnement est davantage en faveur de la suppression du seuil.
Consulter l’historique pour mieux comprendre
- Au XXᵉ siècle, la commune a régulièrement entretenu le seuil, qu’elle avait acheté en 1886 avec les deux moulins. Le moulin de la rive gauche a été revendu en 1977.
- Depuis la crue de 2002, les municipalités successives et les services de l’État ont bloqué toutes les propositions visant à entretenir l’ouvrage.
- En 2011, l’État demande aux deux propriétaires des moulins attenants, désormais considérés comme propriétaires du seuil, d’agir pour restaurer la continuité écologique du Gardon. On commence alors à évoquer l’arasement.
- En 2015, la mairie et le Syndicat mixte des gorges du Gardon (SMGG) décident de rechercher la propriété du seuil, contestée par le propriétaire du moulin de la rive gauche.
- En 2016, le SMGG conclut que la commune est propriétaire du seuil et devra le mettre en conformité avec la réglementation. La propriété municipale est officialisée par un arrêté préfectoral.
- En 2017, l’État (DDTM) adresse à la commune une injonction de déposer rapidement un dossier. Deux options sont proposées par l’Agence de l’eau :
- un arasement subventionné à 80 % (20 000 € restant à la charge de la commune)
- une restauration subventionnée à 20 % (entre 650 000 € et 800 000 € à la charge de la commune).
- La mairie présente alors un projet d’arasement partiel, qui ne pourra être réalisé que lorsqu’il aura été démontré que la baisse du niveau du Gardon n’aura pas de répercussions sur l’approvisionnement en eau.
- En 2019, la préfecture autorise les travaux lorsque qu’un nouveau forage sera opérationnel. Cette condition constitue une sécurité, car les études n’ont pas prouvé la corrélation entre la baisse du niveau d’eau et l’assèchement du forage existant. Les habitants se mobilisent pour que leur seuil ne soit pas détruit.
- En 2020, le sujet s’invite dans la campagne des municipales. Les deux listes candidates prennent en compte l’inquiétude des villageois et promettent de ne pas casser le seuil.
- En 2021, la mairie s’engage dans un ambitieux projet de restauration avec une passe à poissons et une production d’électricité. Le financement devait être principalement assumé par la société chargée de produire l’électricité. La proposition semble alors idéale : le seuil est sauvé et l’intéressement à la revente d’électricité apporte à la commune un revenu régulier.
- En avril 2024, après avoir travaillé en étroite collaboration avec la mairie, la société en charge du projet y renonce en raison de contraintes de plus en plus importantes et coûteuses imposées par les services de l’État : la rentabilité n’est plus suffisante.
- En octobre 2024, la mairie annonce l’arrêt du projet de micro-centrale. Elle indique également ne plus être concernée par le seuil, qui serait désormais considéré comme une propriété privée. Une contestation de la décision préfectorale a été déposée.
Casser le seuil : les conséquences
Certains projets évoquent la suppression d’ouvrages sur les rivières au nom de la continuité écologique. Pourtant, dans d’autres territoires, les préfectures accompagnent la reconstruction ou la restauration de seuils et de moulins.
Dans le cas de Collias, l’argument écologique ne tient pas. La disparition du seuil entraînerait :
- une baisse du niveau d’eau en amont, qui provoquerait le départ des familles de castors installées sur la rive droite
- un risque pour l’approvisionnement en eau du village
- une incision du lit de la rivière
- une érosion accrue des berges
- une perte d’attractivité du site
La continuité écologique est d’ailleurs assurée depuis longtemps grâce à la technique d’enrochement intelligente réalisée par les anciens.
La transparence sédimentaire : de quoi parle-t-on ?
Dans le cadre du projet de micro-centrale, il a été demandé qu’une trappe à sédiments soit installée afin d’assurer la transparence sédimentaire de l’ouvrage. Il s’agit d’un dispositif lourd et coûteux.
Or cette contrainte imposée par les services de l’État n’est pas une obligation légale. La loi impose seulement un transport suffisant des sédiments, ce qui est déjà le cas pour notre seuil, qui laisse passer une grande quantité de sédiments à chaque crue du Gardon.
Les sédiments stockés en amont du barrage sont indispensables pour maintenir les berges en bon état. Une modification brutale du seuil pourrait accentuer l’érosion du lit.
Les sables et graviers ont déjà été largement exploités par les carriers qui ont prélevé dans le lit de la rivière, en quelques années et à grand renfort de bulldozers, ce que la nature avait déposé ici en près de 800 000 ans d’érosion.
Les sédiments du Gardon sont un patrimoine naturel des habitants de Collias. Ils participent à la protection des magnifiques gorges du Gardon et ne doivent pas être envoyés massivement vers le Pont du Gard.
Un choix pour les générations futures
L’histoire du seuil au cours des 25 dernières années montre que les municipalités successives ont manqué de courage politique. En négligeant cet ouvrage, en acceptant les injonctions de l’État sans toujours vérifier leur légalité ou leur pertinence, et en prenant des décisions uniquement fondées sur l’aspect financier des projets, nos élus ont laissé le seuil devenir ce qu’il est aujourd’hui : un ouvrage fragilisé et potentiellement dangereux.
Le seuil de Collias fait partie de l’histoire du village et du paysage du Gardon. En choisissant de le réparer plutôt que de le laisser disparaître, la commune peut préserver un équilibre fragile entre nature, patrimoine et qualité de vie.
C’est un choix de responsabilité : entretenir ce qui existe, améliorer ce qui doit l’être et transmettre ce patrimoine aux générations futures.
Notre projet
Il se fonde sur l’expérience de ceux qui connaissent le seuil et la rivière comme leur poche. Il est tout à fait possible de réparer le seuil pour le sécuriser et l’embellir.
- en respectant la loi sur l’eau
- en respectant strictement l’environnement
- en permettant la continuité écologique
- en utilisant la technique traditionnelle des bâtisseurs qui disposaient les pierres en « écailles de tortue », permettant le passage des poissons et des sédiments
- en réalisant une réfection compatible avec les moyens modestes du village
- en impliquant les associations et les habitants
Nous proposons une réfection du seuil à l’identique et selon les méthodes traditionnelles, sans bétonnage excessif ni matériel lourd.
L’ouvrage sera équipé d’une passe à poissons réalisée en enrochement naturel, la solution la moins coûteuse et la plus efficace.
Et si le rève devenait réalité
Ce projet pourrait être la première étape d’une ambition plus large. Notre engagement porte aujourd’hui sur la réparation du seuil à moindre coût. Il serait ensuite possible, en collaboration avec les propriétaires des moulins, de remettre en fonctionnement une micro-centrale hydroélectrique dont les revenus pourraient financer la réhabilitation des moulins.
Imaginez la carte postale : un beau seuil en pierres du Gardon, accompagné de ses deux moulins consolidés et restaurés dans les règles de l’art.






